Communiqué de presse Friche Josaphat : le gouvernement bruxellois promet un gel de 18 mois, mais le permis de lotir avance sans vision globale pour le site

Le projet de lotissement prévu sur la friche Josaphat, qui a fait l’objet d’une enquête publique jusqu’au 26 septembre, se heurte à une forte opposition. Environ 15 000 citoyens et associations ont déposé des recours, demandant ainsi que le permis ne soit pas accordé.

Bruxelles, septembre 2026 – En février 2026, le nouveau gouvernement bruxellois promettait un gel de dix-huit mois pour tout développement de plusieurs grands terrains non bâtis, dont la friche Josaphat, suite au jugement rendu par le tribunal de première instance francophone de Bruxelles en octobre 2025. Pourtant, six mois plus tard, l’instruction du permis de lotir se poursuit. Il s’agit déjà de la quatrième enquête publique consacrée à l’avenir de ce site depuis 2019, alors qu’aucune vision claire n’a été approuvée pour l’ensemble de la zone.  

Sauvons la Friche Josaphat, Natagora, BRAL, IEB, ARAU, We Are Nature et Brussel Natuur-Bruxelles Nature dénoncent cette contradiction et demandent le refus du permis de lotir relatif à la phase 1A.  

À la suite du jugement rendu en octobre 2025 par le tribunal de première instance francophone de Bruxelles dans l’affaire We Are Nature, la Région de Bruxelles-Capitale doit prendre les mesures nécessaires pour suspendre l’urbanisation de terrains non bâtis de plus de 0.5 ha. Le tribunal estime que les instruments de planification dont dispose la Région tels que le Plan régional d’affectation du sol (PRAS) de 2001 et le Règlement régional d’urbanisme (RRU) de 2006 ne traduisent plus les impératifs actuels de préservation de la biodiversité et d’adaptation aux changements climatiques sont donc devenus inadéquats aux enjeux environnementaux contemporains.  

Parallèlement à cette pause annoncée, la révision en cours du PRAS et des procédures de délivrance des permis sont accélérées, notamment afin de permettre une densification rapide.  

Une nouvelle enquête publique est aujourd’hui en cours concernant une demande modifiée de permis de lotir pour la première phase de construction (1A) du site Josaphat, située sur la zone sud-est (6,7ha), zone classée « à très haute valeur biologique » par Bruxelles Environnement. La demande de permis est introduit par le consortium de développement AXA-Eiffage en 2023.  

À l’issue d’un dialogue compétitif, ils ont été désignés par la Société d’aménagement urbain (SAU), propriétaire régionale du site. Le projet a été encadré par la maitre architecte de Bruxelles.  

Ce projet de construction s’inscrit dans l’esprit et le programme prévu par le projet de Plan d’aménagement directeur (PAD), élaboré en 2021 pour proposer une vision globale de la zone d’intérêt régional (ZIR) n°13. Ce masterplan n’a, à ce jour, pas été approuvé par le gouvernement.  

Instruire un permis de lotir sur l’une des dernières grandes zones ouvertes et naturelles de la Région sans mener de réflexion de fond sur la manière dont la politique bruxelloise doit répondre aux enjeux climatiques et de biodiversité, va profondément à l’encontre de l’esprit de ce jugement.  

« Un gel du développement doit précisément permettre de réexaminer l’avenir que nous souhaitons pour un site stratégique tel que Josaphat. Si, dans l’intervalle, un permis de lotir définissant le cadre des futures constructions, les affectations du sol et les structures de propriété est accordé, cette remise à plat est vidée de son sens dès le départ », soulignent les associations. 

Après quatre enquêtes publiques, il ne suffit plus de montrer uniquement ce qui a changé à l’intérieur du projet de construction. Les pouvoirs publics doivent indiquer clairement quels scénarios d’avenir alternatifs ils ont examinés, lesquels ils ont écartés et pour quelles raisons. Organiser la participation sans rendre visible ce qu’il advient des contributions recueillies ne fait qu’alimenter la méfiance à l’égard des politiques menées.

Quatre enquêtes publiques, mais où en est l’examen du « scénario zéro” ?

Au fil de ces procédures, les habitant.es, les associations et les instances consultatives officielles se sont massivement investies et mobilisées. Iels ont non seulement formulé des objections, mais également proposé des alternatives concrètes.  

Une demande récurrente consiste à examiner pleinement un scénario « no-build » ou « sans construction » dans les études d’incidences. Quels bénéfices un investissement dans la restauration de la nature apporterait-il en matière de biodiversité, de santé publique et d’adaptation aux changements climatiques ? Quels dommages climatiques permettrait-il d’éviter ? Ces bénéfices sociétaux n’ont jamais été chiffrés ni mis en balance avec ceux du scénario de construction.

Selon les associations, le débat ne peut plus désormais se limiter à formuler des remarques sur le projet de construction lui-même. Les alternatives concrètes qu’elles – ainsi que des administrations – ont avancées pour créer des logements abordables autour du site n’ont, elles non plus, jamais été sérieusement examinées. De même, les incidences cumulées de plus de vingt projets prévus aux alentours de la friche restent inconnues.  

La demande de lotissement a entre-temps été modifiée sur plusieurs points : un bâtiment prévu pour le logement intergénérationnel a été supprimé au Nord ; une parcelle centrale, initialement destinée à accueillir une école secondaire, a été réintégrée au projet, mais est désormais affectée plus largement à des équipements collectifs. L’entrée du site, les placettes, la voirie et le découpage parcellaire ont également été adaptés, et un coefficient de biodiversité a été calculé.

Bruxelles a un besoin urgent de logements abordables et sociaux. La question n’est plus de choisir entre la nature et le logement, mais de mobiliser tous les leviers disponibles – rénovation, reconversion et construction sur des terrains déjà artificialisés – sans sacrifier les écosystèmes et les espaces ouverts indispensables à une ville toujours plus chaude et plus densément bâtie.

Le nombre maximal de logements passe de 540 à 537, tandis que la superficie maximale de plancher hors-sol autorisée augmente, passant de 66 855 à 69 390 m². Les questions relatives aux équipements collectifs et aux commerces de proximité qui pourront s’y établir, ainsi qu’à l’accessibilité pour les cyclistes et les piétons, restent sans réponse. Bref, le choix de fond reste inchangé : 6,7 ha de la friche et ses sols vivants seront construits et artificialisés.  

« Après quatre enquêtes publiques, il ne suffit plus de montrer uniquement ce qui a changé à l’intérieur du projet de construction. Les pouvoirs publics doivent indiquer clairement quels scénarios d’avenir alternatifs ils ont examinés, lesquels ils ont écartés et pour quelles raisons. Organiser la participation sans rendre visible ce qu’il advient des contributions recueillies ne fait qu’alimenter la méfiance à l’égard des politiques menées. »

Des alternatives sont pourtant sur la table depuis plusieurs années. Avec le Plan B Josaphat, le BRAL, Natagora, Sauvons la Friche Josaphat, ARAU, Natuurpunt, Brussel Natuur-Bruxelles Nature, Bas les PAD, I Love Josaphat, Josaph’aire, Sauvons notre Parc et Comité Mediapark ont proposé, dès 2021, de préserver les espaces verts (naturels) là où ils se trouvent aujourd’hui et de densifier intelligemment les terrains dont le sol est déjà artificialisé. La reconversion de bâtiments inoccupés, d’autres scénarios de phasage ainsi qu’un scénario zéro – fondé sur la valeur ajoutée sociétale de la préservation des espaces ouverts – ont également été proposés.  

Les associations demandent également une transparence complète sur les moyens publics déjà engagés, les contrats conclus avec les partenaires semi-publics et privés et la marge de manœuvre politique dont dispose encore le gouvernement. Les Bruxellois.es ont le droit de savoir quelles décisions ont déjà été prises, et quelles seraient les conséquences financières et contractuelles d’un changement de cap. 

Il ne s’agit plus de choisir entre nature et logement, mais de déterminer où désimperméabiliser, où restaurer et où densifier

Bruxelles a un besoin urgent de logements abordables et sociaux. La question n’est plus de choisir entre la nature et le logement, mais de mobiliser tous les leviers disponibles – rénovation, reconversion et construction sur des terrains déjà artificialisés – sans sacrifier les écosystèmes et les espaces ouverts indispensables à une ville toujours plus chaude et plus densément bâtie.

Cette mise en balance est aujourd’hui d’autant plus importante que la révision du Plan régional d’affectation du sol est accélérée, et que l’« urban shift » est en préparation. Par ailleurs, le règlement européen sur la restauration de la nature impose à Bruxelles d’agir de toute urgence en faveur de la restauration de la nature et de la désimperméabilisation des sols. Enfin, le gouvernement bruxellois a lui-même décidé, en février, de geler temporairement le développement de Josaphat.

Le problème structurel du logement abordable est un enjeu crucial pour Bruxelles et doit être envisagé de manière systémique et à l’échelle régionale, voire nationale. Les associations demandent donc que toutes les pistes alternatives de création de logements abordables sur l’ancien périmètre du PAD ou à l’échelle régionale soient évaluées en détail et rendues publiques, en tenant compte de la valeur ajoutée sociétale des différentes options.

En conséquence, les associations demandent que le permis de lotir relatif à la phase 1A soit refusé; en faveur de deux alternatives :  

  • que la pause annoncée soit réellement mise à profit pour réexaminer, collectivement et démocratiquement, l’avenir de l’ensemble du site, en évaluant publiquement les différents scénarios ;
  • que les zones non-bâties incluant la zone de haute valeur biologique soient préservées.

L’enquête publique relative à la demande modifiée de lotissement s’est déroulée jusqu’au 26 septembre 2026. La commune de Schaerbeek a reçu 15 000 réactions ! La commission de concertation se réunira le 12 octobre 2026, à l’hôtel communal de Schaerbeek.

Crédit photo: Benoît De Boeck.

Signataires

Publications similaires