Canicule : We Are Nature demande que le nombre de morts socio-climatiques soit étudié et rendu public




Communiqué de presse – 26 juin 2026

Résumé : La canicule précoce et intense qui frappe actuellement la Belgique est une conséquence du changement climatique prévue de longue date. La Région bruxelloise a été condamnée pour l’insuffisance marquée de sa politique climatique, sur les trois axes d’actions prioritaires : l’atténuation, l’absorption, et l’adaptation. Les projecteurs sont focalisés sur les « petits gestes individuels ». We Are Nature souligne l’importance de faire du climat une question politique et sociale prioritaire. Pour avancer, l’association demande que les hospitalisations en urgence et les morts dus à la canicule en Région bruxelloise soient analysés en tenant compte des déterminants sociaux, objectivés et rendus public. Les hôpitaux et les mutuelles disposent des données qui permettent d’objectiver les morts socio-climatique bruxelloises.

Disposer de ce type d’information est une première étape et une nécessité démocratique. C’est une condition nécessaire pour pouvoir repolitiser l’enjeu fondamental du changement climatique, et pour commencer à agir.

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Risques climatiques : un problème annoncé de longue date

La Belgique est frappée par une deuxième vague de chaleur étouffante. Les scientifiques et le GIEC notamment, nous expliquent depuis longtemps1 que ce type d’épisode météorologique violent va devenir plus précoce, plus fréquent, plus long et plus intense. Notre exposition aux risques climatiques croissants (sécheresse, inondations, pics de pollution, zoonoses, etc.) justifie une action climatique urgente qui se joue principalement sur trois axes d’actions toutes indispensables:

  • réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la « neutralité climatique » en 2050,
  • préserver et augmenter nos puits de carbone (les mers, sols et végétaux stockent du carbone atmosphérique dans le sol),
  • adapter nos sociétés à cette nouvelle donne climatique.

Bruxelles est climatiquement inadaptée, la réponse politique est indigente

We Are Nature rappelle que la Région Bruxelles-Capitale a été condamnée le 29 octobre 2025 par le tribunal de première instance francophone bruxellois à suspendre l’imperméabilisation et l’urbanisation des sites et terrains non-bâtis d’au moins 0,5 hectares, en attendant qu’elle se dote d’un PRAS adapté au changement climatique. Le tribunal a constaté qu’en poursuivant une urbanisation suivant des plans et règlements obsolètes, Bruxelles continue de détruire son puits de carbone, continue de détruire les solutions fondées sur la nature, continue d’aggraver les problèmes climatiques, sans que les bruxellois.e.s ne puissent valablement y réagir. C’est pour son impréparation presque complète à l’adaptation aux impacts du changement climatique que la Région a été condamnée.

La réaction du gouvernement interpelle fortement : plutôt que de se baser sur ce jugement historique pour avancer dans la bonne direction, pour protéger la nature qui nous protège, pour climatiser la ville grâce aux sols vivants, à l’eau et à la végétation, le gouvernement a fait appel du jugement2 pour pouvoir continuer de bétonner la nature, et il a publié une circulaire dans laquelle il tente de se soustraire aux effets du jugement3.

Comme l’a également souligné le Tribunal de première instance, la Région avait également été condamnée pour sa politique insuffisante de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre dans le cadre de l’Affaire climat, en première instance et en Appel en 20234.

La Région bruxelloise a donc été condamnée pour l’inadéquation marquée de sa politique climatique en matière d’atténuation, d’absorption, et d’adaptation.

Le politique dépolitise le dérèglement climatique

Alors que la canicule fait bouillir la ville, le Centre national de crise5 s’est réuni pour émettre des recommandations. Il s’est limité à de « petits gestes » d’adaptation individuelle à la chaleur, sans aucunement adresser le problème structurel, global, d’essence politique, qu’est le changement climatique.

La Région bruxelloise n’en a pas fait plus6. Face à l’impéritie structurelle des pouvoirs publics en matière de responsabilité climatique, We Are Nature souligne l’importance de faire du climat une question politique et sociale prioritaire.

Le climat est un enjeu structurel un défi politique, et social

Ce sont nos modes de production et de consommation qui doivent être fondamentalement revus pour réduire fortement notre empreinte carbone, l’appareil légal et normatif doit évoluer très rapidement pour protéger effectivement l’habitabilité de la planète et de notre ville-région.

Des décisions publiques fortes sont indispensables, d’autant plus que le réchauffement climatique est un accélérateur majeur des inégalités sociales.

En 2024, l’Agence Européenne de l’Environnement en 2024 tirait la sonnette d’alarme dans son rapport EUCRA (European Climate Risk Assesment)7, soulignant l’impréparation des pays européens aux impacts du changement climatique, qui s’annoncent majeurs et socialement différenciés. En novembre 2025, le CERAC publiait la version belge de ce rapport, un travail touffu et extrêmement documenté : le BCRA « Belgian Climate Risk Assesment ».8 Il soulignait :

« Les populations à faibles revenus sont touchées de manière disproportionnée par presque tous les risques et manquent de ressources pour s’adapter et se rétablir. Par exemple, les quartiers défavorisés disposent souvent de moins d’espaces verts, se situent plus fréquemment en zones inondables, présentent une forte densité de population et des logements de moindre qualité, exposant ainsi leurs habitants à de multiples risques climatiques et environnementaux, tels que la chaleur, les inondations, la pollution ou la propagation de maladies. Sans équité, les politiques d’adaptation risquent d’accentuer les inégalités, d’éroder la confiance dans les institutions, de fragiliser la cohésion sociale et de laisser durablement exposées certaines franges de la population. »9

Face à cette réalité, l’absence de politique climatique socialement juste est un choix aux conséquences sociales délétères et immédiates qui se reflète notamment sur l’état de santé de la population.

Ainsi le directeur de l’OMS souligne que ces 4 dernières années, la chaleur a tué plus de 200.000 personnes en Europe, qui est l’une des régions qui se réchauffe le plus vite.10

We Are Nature demande d’objectiver les hospitalisations et les morts socio-climatiques à Bruxelles

Pour dépasser des « petits gestes individuels » qui sont nécessaires mais ne permettent pas de faire face à la situation, il est indispensable d’objectiver les manières multiples dont le réchauffement climatique va toujours plus nous impacter dans nos lieux de vies. Ces impacts sont fortement marqués socialement.11

C’est pourquoi We Are Nature demande que les hospitalisations en urgence et les morts dus à la canicule en Région bruxelloise soient analysés en tenant compte des déterminants sociaux, objectivés et rendus public. L’excès de chaleur tue. Mais nous ne sommes pas tous égaux devant la mort climatique.

Sciensano réalise déjà des analyses de surmortalité due à la chaleur, notamment avec son outil de monitoring de la mortalité « Be-MOMO ».12 Cet outil, indispensable, ne fournit pas d’information sur les caractéristiques socioéconomiques des décédés.

Pour objectiver l’impact socio-climatique à Bruxelles, il est nécessaire de croiser le nombre d’admissions aux urgences et le nombre de décès avec des indicateurs socio-économiques, notamment :

  • âge,
  • sexe,
  • maladies préexistantes (peut être objectivé par la médication),
  • statut BIM (indicateur socio-économique),
  • code postal de résidence (indicateur statistique sociospatial).13

We Are Nature considère que ce type d’objectivation, qui permet de mieux comprendre les impacts sanitaires et sociaux du réchauffement climatique sur les bruxellois.e.s devrait déjà exister.

Il y a fort à craindre que les pouvoirs publics, qui continuent de préférer émettre des recommandations individuelles qui ne permettent pas de faire face au changement climatique, ne soient déterminés à objectiver la situation.

C’est pourquoi We Are Nature espère que les hôpitaux bruxellois et les mutuelles, qui disposent de ces informations, pourront les rendre lisibles et les publier, de manière à éclairer davantage la situation actuelle et à informer les bruxellois.e.s sur cet impact climatique direct.

Un enjeu démocratique qui concerne les citoyen.ne.s au premier chef

Disposer de ce type d’information est une première étape et une nécessité démocratique. C’est une condition nécessaire pour pouvoir repolitiser cet enjeu fondamental, et pour commencer à agir.

Tant que les bruxellois.e.s n’ont pas de données concrètes leur permettant de prendre la mesure du risque climatique direct dans leur existence, et tant que les autorités se contentent de recommander des petits gestes individuels, les hospitalisations et les morts socio-climatiques demeureront invisibles, dommages collatéraux d’une économie incompatible avec le climat et d’une ville inadaptée au « nouveau régime climatique ». Les fakes news et l’attentisme continueront de dégrader dangereusement notre exposition collective au risque.

Pour décider des soins adéquats, il faut disposer du bon diagnostic, basé sur des informations complètes et sérieuses. Et ensuite organiser les soins.

Illustration: pexels.

1Voir le premier rapport du GIEC de 1990 https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/2018/05/ipcc_90_92_assessments_far_full_report_fr.pdf

2https://wearenature.brussels/suspension-de-lurbanisation-des-espaces-naturels-non-batis-dau-moins-05-ha-a-bruxelles/

3https://wearenature.brussels/lettre-ouverte-aux-deputes-bruxellois-nous-vous-demandons-instamment-dexercer-votre-pouvoir-de-controle-du-gouvernement/

4https://klimaatzaak.eu/fr/de-rechtszaak

5https://www.rtbf.be/article/vague-de-chaleur-voici-les-recommandations-du-centre-national-de-crise-11745734

6https://www.rtbf.be/article/safe-brussels-prend-des-mesures-de-securite-supplementaires-pour-proteger-les-bruxellois-contre-la-canicule-11747845

7https://www.eea.europa.eu/en/analysis/publications/european-climate-risk-assessment

8https://www.cerac.be/fr/bcra

9https://www.cerac.be/sites/default/files/media/files/2025-11/CERAC_BCRA_Rapport_FINAL_fr_interactive.pdf

10https://www.euronews.com/health/2026/06/24/no-further-delays-who-chief-urges-leaders-to-act-amid-europes-deadly-heatwave

11La canicule n’a pas du tout le même effet chez des personnes jeunes et en bonne santé vivant en famille ou en collectif, et des personnes âgées à l’état de santé est fragile, et qui seraient isolées. De même les degrés excessifs sont ressentis de manière différente chez une personne dotée en capital économique, vivant dans une maison climatisée et disposant d’un jardin, et chez une personne dont l’état de santé est précarisé, habitant une bouilloire thermique et sans accès facile à un espace vert de qualité.

12https://epidata.sciensano.be/epistat/dashboard/#momo

13D’autres indicateurs pertinents devraient être étudiés pour caractériser l’exposition à des injustices sociales aussi bien en terme de revenus, que de formation, de logement et d’accès à la nature.

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